À Coté
Ces 15 dernières années,
je n’ai jamais vraiment su où me placer.
Petite, j’étais l’enfant sage.
Discrète.
Bonne élève.
Celle qui comprend.
Celle qui fait bien.
Qui respecte les règles.
Alors j’ai continué comme ça.
J’ai suivi le parcours qu’on attendait.
J’ai avancé,
sans trop me poser de questions.
Et puis à un moment,
ça ne tenait plus.
J’ai commencé à chercher.
Changer.
Essayer.
M’affirmer.
Passer d’un univers à un autre.
L’architecture.
La psychologie.
La vente.
La restauration.
Le juridique.
Comme si quelque part,
il devait bien y avoir un endroit
où ça ferait sens.
ça tenait, un temps.
Puis je m’ennuyais.
J’avais toujours soif de nouveauté et de liberté.
Je pouvais m’adapter.
Comprendre vite.
Faire ce qu’il fallait.
Mais au fond,
ça ne prenait pas vraiment.
Alors je repartais.
Encore.
Et encore.
Avec cette sensation de tourner,
sans jamais vraiment avancer.
Avec une sensation de perte d’identité.
Et toujours ce décalage.
Comme si je comprenais les règles,
sans réussir à les habiter.
Ou sans en avoir envie.
Mais en me sentant profondément
à côté de moi-même.
Me demandant souvent qui j’étais.
Longtemps, j’ai pensé que c’était moi le problème.
Que je devais m’adapter davantage.
Faire plus d’efforts.
Rentrer un peu mieux dans ce qu’on attendait.
Mais quelque chose résistait.
Un inconfort diffus.
Un manque de reconnaissance.
Une fatigue.
La frustration.
La maladie.
Et surtout,
une perte de sens profonde chaque fois plus pesante.
Comme si rien ne me suffisait.
…
Bien plus tard, j’ai compris que ce décalage n’était pas seulement une difficulté. C’était aussi une autre manière de voir, de ressentir, de questionner.
Alors peut-être que le problème n’était pas moi.
Peut-être que c’était de vouloir appartenir à un monde qui ne me comprend pas.
Et surtout qui ne me définit pas.
Aujourd’hui, je n’essaie plus d’appartenir à tout prix. J’essaie de comprendre ce qui, en moi, existe déjà.
Même si ça ne rentre pas. Même si ça dépasse.
Surtout si ça dépasse.

