LA DOULEUR DES FEMMES N’EST PAS UNE FAUTE – Entre médecine occidentale et spiritualité, le piège de la culpabilisation.
Cela fait maintenant plusieurs semaines que j’ai commencé Àtravères.
J’écris, je publie, je partage, et globalement je me sens dans une bonne énergie. Une sensation d’être plus alignée avec moi-même et avec ce que je suis en train de construire.
Ce week-end, j’ai pris du temps pour moi.
J’ai marché, je me suis occupée de ma maison, de mon environnement. J’ai même installé un bureau pour pouvoir écrire lorsque l’envie se présente.
Tout semblait aller dans le sens d’une certaine cohérence.
Pourtant, lundi matin, quelque chose était différent.
Je n’étais pas physiquement épuisée. J’avais dormi. Mais mon cerveau, lui, ne s’était pas arrêté.
Une impression de saturation mentale, accompagnée d’une motivation très faible pour la journée de travail qui m’attendait.
Cet état de “dissonance” est difficile à vivre.
Je sens mon esprit tourner sans s’arrêter.
Dans ces moments-là, une question surgit presque immédiatement :
qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
- Et très vite, une autre question apparaît -
Suis-je légitime à prendre la parole sur ces sujets alors que moi aussi je traverse encore ces états ?
Lorsque l’on sort du cadre strict de la médecine occidentale et que l’on commence à s’ouvrir à une vision plus globale du corps, on rencontre souvent un autre discours.
L’idée que certains maux
— je dis bien certains, pas tous —
pourraient être l’expression d’un message du corps, voire de l’âme.
Dans cette perspective, la douleur aurait un sens.
Mais cette vision peut rapidement glisser vers une autre idée :
si le corps parle, c’est que nous ne sommes pas alignées.
Et si nous ne comprenons pas ce message,
c’est que nous ne sommes pas assez connectés.
Prenons un exemple simple.
Aujourd’hui je suis fatiguée intellectuellement.
Je sens des tensions dans le haut du dos et la nuque, et j’ai mal à la cuisse.
Dois-je interpréter cela comme un message de mon âme ?
Et si je ne parviens pas à traduire ce message, est-ce ma faute ?
Certaines approches laissent entendre que oui.
Que si l’on ne comprend pas, c’est que l’on n’est pas suffisamment ouvert, pas assez connecté à soi-même.
Peut-on réellement tenir ce type de discours ?
Je me surprends parfois moi-même à tomber dans ce piège.
Dans ma quête de compréhension, certaines approches m’ont apporté des réponses. Mais les jours où ça ne va pas, que fait-on de la culpabilité qui accompagne ces interprétations ?
Prenons l’exemple de l’endométriose.
Je peux accepter l’idée que certaines situations émotionnelles puissent influencer mes crises. Mais jusqu’où peut-on aller dans cette logique ?
Quelle image de moi-même est-ce que j’entretiens si je dis que je me suis créée cette maladie ?
Aujourd’hui est simplement un jour « sans ».
Je ne me sens pas alignée. J’ai mal. Je suis fatiguée.
Dois-je me flageller pour cela ?
Doit-on demander aux femmes qui vivent déjà avec des douleurs chroniques de porter en plus la responsabilité spirituelle de leurs symptômes ?
Parce que j’ai parfois l’impression que les femmes se retrouvent coincées entre deux discours opposés - qui apportent parfois des réponses, mais de manière très ponctuelle - et qui sont finalement similaires dans leurs effets.
C’est là que ma colère apparaît.
D’un côté, la médecine occidentale peut réduire le corps à une mécanique défaillante que l’on tente de réparer si tant est que l’on reconnaisse la souffrance.
De l’autre, certains discours spirituels sur-responsabilisent les femmes en transformant chaque douleur en message à décrypter.
Dans les deux cas, la souffrance peut devenir un motif de culpabilité.
Pourtant, je reste profondément convaincue d’une chose :
la reconnexion au corps est essentielle – et elle n’est pas linéaire -.
Elle passe par un croisement de connaissances, croyances et pratiques autant scientifiques que spirituelles.
Apprendre à ressentir, à écouter ce qui se passe en nous, peut être précieux.
Mais cela ne signifie pas que chaque sensation doive être interprétée.
Samedi, j’ai construit une terrasse.
Aujourd’hui, j’ai mal à la cuisse et au dos.
Peut-être que mon corps me parle.
Peut-être aussi que j’ai simplement porté des planches et fait des mouvements inhabituels toute la journée.
Ce qui me met profondément en colère, c’est la manière dont ces différents discours peuvent peser sur les femmes qui vivent déjà avec des douleurs chroniques.
Comment demander à une femme qui travaille, qui gère une vie familiale, sociale et personnelle, de porter en plus la responsabilité d’interpréter chaque signal de son corps ?
Il faudrait déjà qu’elle puisse prendre le temps d’écouter son propre corps.
Une femme qui souffre est déjà une femme qui se bat.
Elle se bat contre la douleur, contre l’incompréhension, parfois contre les limites imposées par la société.
…
Dans ma vision des choses, il existe peut-être un autre chemin.
Un chemin où l’on écoute le corps sans le réduire à une machine.
Un chemin où l’on accueille les sensations sans les surinterpréter.
Un chemin où l’on ne culpabilise pas les femmes de souffrir.
Peut-être qu’une femme malade n’est pas seulement le symptôme d’un désalignement ou d’une déconnexion individuelle,
mais aussi le reflet d’un déséquilibre plus large dans la société dans laquelle nous vivons.
Si nous voulons réellement faire évoluer les choses, la question n’est peut-être pas uniquement de mieux comprendre les maladies féminines.
La question est aussi :
comment créer un monde dans lequel les femmes ont réellement l’espace de s’écouter pour prendre soin d’elles ?

